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Gérald De Palmas

NOSTALGIE : Bonjour Gérald
-Bonjour.

NOSTALGIE : Est-ce que tu es en compétition avec Laurent Voulzy pour savoir qui mettra le plus de temps pour sortir un album ?
-Je crois qu’il me bat, il a fait un record à une époque, c’était près de 10 ans, quelque chose comme ça. Il est assez imbattable, mais je n’ai pas dis mon dernier mot.

NOSTALGIE : Pourquoi tant de temps ?
-La première chose c’est que quand tu fais les choses tout seul, c’est d’ailleurs sympa dans ce métier, il y a beaucoup de facettes différentes, beaucoup de métiers différents dans un seul métier. Mais ça prend du temps quand tu fais tout toi-même, auteur, compositeur, interprète, tu arranges, sur cet album j’ai fait aussi les prises en studio. Bref j’ai fait beaucoup de métiers différents et ça prend du temps.

NOSTALGIE : Deux ans de gestation.
-3 ans de composition et d’écriture et 2 ans de studio à chercher des trucs pour que ça sonne un peu différemment, que ça évolue.

NOSTALGIE :Quel est ce désir qui te pousse à tout faire toi-même ? Tu cherches un accomplissement là-dedans ?
-D’habitude, je ne cherche pas obligatoirement à faire tout tout seul. Là, c’était par la force des choses, tu ne peux pas bloquer des musiciens pendant 2 ans, ni un ingénieur du son, c’est financièrement impossible. Donc par la force des choses, je me suis retrouvé seul pour faire le truc. promotion et communication

NOSTALGIE : Quelle était l’idée ? Tu as toujours été attiré par la musique de films, il y a une touche électro, c’était un petit laboratoire ?
-L’idée c’est d’évoluer, ce n’est pas forcément de changer de style, parce que changer de style, c’est facile, tu prends les codes qui correspondent au style que tu veux. Si tu n’es pas trop manchot et que ça fait un moment que tu fais ça c’est réglé en deux mois l’histoire. Ce qui est plus difficile, c’est de garder ton identité et d’évoluer en réussissant à intégrer d’autres univers, et que le mélange soit harmonieux sans perdre ton identité. C’est là où ça met du temps, où c’est plus difficile. En effet, si tu écoutes vraiment dans le détail cet album, il y a ses ambiances de musiques de films qui apparaissent, la place de la batterie a changé, elle est beaucoup plus intégrée au mix, plus en retrait. Tu as des éléments électro qui apparaissent mais par petites touches. C’est des changements, c’est plein de petits détails qui font qu’au final pour quelqu’un qui écoute vraiment, il verra une différence. Evidemment, moi quand je dis que j’ai évolué, que j’ai changé, pour quelqu’un qui écoute ça vite, il va dire que ça sonne toujours plus ou moins pareil, c’est vrai que la guitare folk est toujours devant, la voix est toujours devant. Mais encore une fois, notre société est faite de gens tellement pressés que quand tu dis quelque chose comme ça, les gens disent : « non mais ce n’est pas de l’électro, parce que ça ne fait pas « swing swing » tout le long », ou alors : « ce n’est pas de la musique de film… ». Evidemment, mais comme je le disais tout à l’heure, changer de style radicalement, c’est très facile, ce n’est pas un truc insurmontable à faire, tu prends les codes et tu le fais, ce n’est pas ce que j’ai voulu faire, je voulais évoluer, si tu écoutes vraiment en prenant le temps, tu vois toutes ces petites touches.

NOSTALGIE : Ce qui s’entend, quand on fait une écoute assez précise, tu as toujours l’acoustique, ça sent le bois en premier plan, et au deuxième plan tu as des éléments de décor qui arrivent. C’est ça dans l’idée.
L’idée c’est vraiment de pouvoir bénéficier d’autres univers, quand tu parles du plan à l’arrière, c’est vraiment ça, le côté symphonique ou musique de films, c’est un truc qui est vraiment en arrière plan et qui donne une autre profondeur à la chanson, à l’arrangement. En effet l’axe reste toujours cette guitare acoustique, même quand j’ai baissé la batterie, le côté acoustique est devenu encore plus présent. Il peut prendre plus de place donc c’est encore presque plus acoustique, paradoxalement, alors qu’il y a des éléments un peu électro ou un peu de musique de film, le fait d’avoir un peu rangé la batterie. Cette histoire de batterie, … dans les années 80, et encore plus les années 90, il y a eu l’arrivée du gros son dont les deux éléments étaient basse/batterie qui prenaient des sons énormes, qui devenaient énormes. Et il y a eu un dictat là-dessus où même les radios te demandaient que le tempo soit rapide, qu’on entende la batterie, que ça bouge, si tu n’avais pas ça, tu galérais en radio. Je me souviens par exemple, c’était la chanson que j’avais faite pour Johnny qui s’appelait « Marie » ; c’est une chanson calme où la batterie a une place pas très importante, je me souviens que sur les grosse radios c’était galère, il y avait ce besoin d’accrocher les gens parce que depuis les années 90 ce qui prime c’est qu’il faut que ça pète ! On y est arrivé par la suite, « Marie » a bien marché, mais c’était long au début à faire admettre. Le problème est que quand tu mets la batterie à cette place énorme, au premier plan, elle prend tout le spectre de fréquences et, par définition, les autres instruments ont tendance à se faire bouffer un peu, ce qui veut dire que tu as moins de choix de faire de nuances, et de mettre en valeur les autres éléments qui sont autour. Et donc, moi j’ai essayé de lutter contre ça dans cet album en essayant de remettre la batterie à sa place pour pouvoir valoriser d’autres instruments, la voix. Une chanson groove, pas uniquement quand il y a une batterie qui groove, si tu écoutes des vieux Stevie Wonder, la batterie était dans un coin du haut parleur très faible, pourtant çà groove extraordinairement, parce que le groove vient de la voix aussi, le mec, la façon dont il pose sa voix, le mec qui a joué le clarinette, le type qui a joué le tambourin juste de l’autre côté, ce sont d’autres instruments, mais on a eu tendance à focaliser le groove uniquement sur la batterie alors que non, t’as des morceaux où on ne joue que le Charley tu as juste un truc qui fait « kic kic kic » mais tout le reste est super groovy et tu as un morceau très syncopé et il y en a dans Stevie Wonder, c’était le roi de ça, mais dans les années 60 et 70 surtout 60, tu as des tas de morceaux comme ça.
Tu me demandes pourquoi je passe beaucoup de temps … parce que j’essaie de retrouver ces trucs là et de sortir du carcan dans lequel on se sent un peu coincé et ça prend du temps tout ça.

NOSTALGIE : On a l’impression que tu es replié sur toi-même mais pas du tout car en fait tu as une première auditrice, c’est ta femme, et il paraît qu’elle est impitoyable.
Comment ça fonctionne ?

Généralement, je n’attends même pas de faire les arrangements, je lui chante les morceaux, guitare, voix, et elle me dit ce qu’elle en pense. Ce qui a d’avantageux, c’est qu’on se connait depuis longtemps, j’ai appris à décrypter ses remarques qui sont judicieuses à 90%, et on va dire que les 10% qui le sont moins, j’ai pu les identifier au fur et à mesure du temps. Donc son avis, je le décrypte parfaitement. Ca m’aide vachement, parce que comme c’est ma femme elle ne s’embarrasse pas de me faire plaisir ou d’avoir peur de me vexer ou de flatter mon ego absolument. Elle me rentre dedans et c’est vite fait, le problème est réglé, donc c’est précieux, son avis est précieux.

NOSTALGIE : Elle évite que tu ne te répètes ? Il y a un peu de ça dans l’idée ?
Ça peut arriver et puis surtout que je m’égare ! De temps en temps, elle me dit :
« non, ca ne sonne pas, c’est ringard, ou ça n’a pas la pêche » ou si c’est un manque de profondeur. L’avantage d’être hors métier ou de ne pas avoir de relation de pouvoir avec moi … elle me dit ce qu’elle pense et ça me fait gagner beaucoup de temps.

NOSTALGIE : Et elle te fait de belles suggestions ? Pour les duos notamment ?
Oui, c’est elle qui a eu l’idée d’Eagle-Eye Cherry, c’était une super idée, j’étais super content de retrouver ce garçon que j’avais rencontré une dizaine d’années avant, puisqu’on avait fait des concerts en double affiche pendant des festivals, et on s’était bien entendu tous les deux.

NOSTALGIE : On te retrouve en anglais, parce que le 1er album, on avait cette reprise de Michael Jackson « Black or white », super, tu as eu envie cette fois-ci de faire un titre en anglais ?
Ce titre là me paraissait bien, justifiait le fait de chanter en anglais, mais par contre il fallait que je trouve un axe pour le faire, je ne vais pas faire une chanson en anglais pour faire une chanson en anglais, ça n’a pas lieu d’être je trouve, je n’ai pas de prétention de carrière internationale, ça ne m’intéresse pas du tout. Il fallait que je trouve une justification à ça donc le duo avec un anglophone c’était une bonne justification.

NOSTALGIE : Parle moi un peu de tes textes, on va dire qu’il y a quand même des thèmes récurrents chez toi et je dirais qu’il y en a un principal, même si les textes sont nouveaux, c’est quand même le thème de quelqu’un de torturé.
Dans une cave avec des barbelés autour de lui…

NOSTALGIE : Et on se demande si tu es ce que tu écris ?
En fait les textes de mes chansons ne sont jamais, ou alors sont très partiellement, autobiographiques. Dans le sens où je n’ai pas vécu les choses mais parfois ressenties, je me suis posé des questions sur ces thèmes, je me suis mis en perspective en m’imaginant dans ces situations. En ce sens, tout ces thèmes sont vraiment inscrits en moi, mais par contre je ne les ai pas tous vécus véritablement dans les faits, la nuance est assez importante.

NOSTALGIE : Et quand tu parles d’infidélité ?
Quand je parle d’infidélité je me mets, croisons les doigts, en situation, c’est-à-dire que ça ne m’est pas arrivé. Mais je parle d’infidélité, dans une chanson qui s’appelle « Sous la pluie ». J’ai toujours été fasciné par ce moment, je me demande comment tu ressens ce moment où tu vois la personne avec qui tu es et que tu aimes et que tu ne soupçonnes pas du tout en train d’embrasser une autre personne dans la rue comme ça par le fait du hasard. Ce choc que ça représente — je ne parle pas de quelqu’un avec qui tu es depuis une semaine, je parle de quelqu’un avec qui tu as fait ta vie, ça fait vingt ans que tu es avec, avec qui tu as fait des enfants — … ce moment là me fascine, j’avais envie d’écrire là-dessus, d’essayer de me mettre en situation, savoir comment je réagirais dans ce moment particulier.

NOSTALGIE : Tu avais dit que tu allais chercher finalement là où ça fait mal. A un moment donné tu parlais même de pouvoir aller très loin dans la mémoire pour essayer de retrouver des sensations, des émotions en étant enfant, adolescent ?
Pas forcément qui font mal, mais des trucs profonds en tout cas.

NOSTALGIE : C’est quelque chose que tu arrives à faire, ce n’est même pas un effort de mémoire ?
Si, c’est un effort de mémoire et d’aller fouiller à des endroits ou parfois — tu as raison - là où ça fait mal ! Mais pas toujours ! Ou alors des moments qui étaient des moments agréables mais qui te manquent cruellement parce que ça fait longtemps qu’ils ne te sont pas arrivés ou parce que c’est ton enfance et que c’est perdu l’enfance, c’est fini. En lui-même le moment n’est pas si dramatique que cela, mais la nostalgie du moment fait que ça peut… Oui j’ai besoin de ces moments là parce que ce sont des moments authentiques, forts, donc si tu as envie d’écrire des trucs…
Comme j’écris avec des mots simples et des phrases simples, j’essaie de faire des idées simples, aussi il y a un moment il faut qu’il y ait du fond dans ce que je dis pour ne pas que ça soit complètement crétin et donc il faut chercher des émotions fortes pour qu’il y ait du fond. Après, c’est un risque parce que les gens qui écoutent d’une oreille distraite par exemple « Au bord de l’eau », quelqu’un qui écoute ça sans réfléchir peut penser que ça parle d’une histoire d’amour, d’un mec qui va voir une nana au bord de l’eau. Et si tu rentres vraiment dans le texte çà n’a absolument rien à voir avec ça ! Les couplets sont assez explicites. C’est l’histoire d’un paria, d’un mec qui est rejeté de la société, qui n’a pas trouvé sa place et qui va s’inventer une relation comme un pansement sur ses tourments de l’âme, il va inventer cette relation avec cette fille. Moi je suis parti d’un sentiment que j’ai pu ressentir profond, et après j’ai essayé d’écrire ça avec des mots simples, mais il faut prendre le temps de lire entre les lignes. Tu dis « Au bord de l’eau », c’est l’histoire du mec qui va voir sa copine et qui lui roule des patins au bord de l’eau. C’est pas le cas !

NOSTALGIE : Donc ce que tu cherches, c’est bien ça, c’est un angle ? Plus qu’un angle pour mes textes, ce que je recherche c’est l’impulsion et parfois elle n’a pas forcément de rapport avec la finalité du texte. Mais au début pour avoir l’envie d’écrire, il faut trouver une impulsion. L’impulsion va venir d’un souvenir profond, moi souvent ça vient de l’enfance d’un truc qui m’a marqué, transformé, qui m’a ému, et hop, si le truc est assez profond ça crée l’impulsion et après tu brodes.

NOSTALGIE : On se pose des questions au sujet de certaines chansons quand tu dis : « pour ne pas mourir d’ennui je joue parfois avec ma vie », est-ce que Gérald a cette envie ?
Oui ça m’est arrivé, j’ai eu une période assez étrange où j’allais sur des circuits, soit en voiture, en kart ou en moto faire l’abruti, ce n’est pas gentil pour les gens qui font ça car il y a de vrais artistes comme dans tous les domaines. Mais je dis comme un abruti parce que ça n’avait pas de rapport avec ce que je suis vraiment. Mais j’avais besoin, je ne sais pas si c’est de tuer l’ennui, de me prouver des choses, d’affronter ses peurs d’enfance, d’adolescence pour les tuer. Donc j’ai fait deux, trois trucs comme ça. L’avion aussi, que des trucs qui pourraient me mettre en danger mais je ne regrette pas de l’avoir fait. J’avais besoin, ça ne correspond pas à ce que je suis, je ne suis pas un pilote mais j’avais besoin à un moment donné de me mettre en danger pour sentir quelque chose.

NOSTALGIE : Ton premier clip, parce que la vidéo, les images qui accompagnent ta chanson sont importantes pour toi ?
Ca a toujours été une vraie douleur pour moi. Si j’avais pu faire ce métier sans faire voir ma gueule ça m’aurait bien arrangé, mais il y a un moment où tu es bien obligé d’aller faire la promotion de ton disque. Et là il y a encore une nuance, il y a un côté très vulgaire en France très connoté mercantile, un côté « faire la promo » mais il y a une nuance, c’est que tu peux faire de la promo dans un but uniquement mercantile, je veux vendre des disques pour toucher de l’oseille, il faut absolument que je fasse toute la promo possible et qu’on voit ma gueule, c’est un axe, il y en a qui le font et tu as un autre axe qui consiste à dire : « j’ai passé beaucoup de temps à faire ce disque, je me suis beaucoup investi, je le fais parce que j’ai besoin de plaire aux gens, j’ai envie que ma musique plaise aux gens, j’ai besoin de ce retour des gens parce que je ne suis pas un ermite et que je ne vis pas en haut d’une montagne, je vis au milieu d’une société, j’ai besoin de sentir l’amour des gens ». Donc tu fais ce disque là, tu regardes comment fonctionne cette société et tu comprends très vite que si tu ne fais pas arriver l’information aux gens ils ne pourront pas acheter ton disque, pas parce qu’ils ne t’aiment pas ou qu’ils n’ont pas envie de voir ta gueule mais parce qu’ils ne sont pas au courant, par contre ils sont bombardés toute la journée de cent milliard d’informations sur d’autres choses. Donc si tu veux avoir une chance que les gens écoutent ta musique, sans parler d’achat et d’argent, il faut pouvoir arriver jusqu’à leurs oreilles. Donc c’est pour ça que moi je considère la promo importante et que je le fais, mais pour répondre au début de ta question si je pouvais éviter de voir ma gueule, je le ferais. Tu vois il y a une vraie nuance, c’est pas juste pour faire de la promo, vendre des disques et faire de l’oseille. C’est qu’un moment t’as bossé, tu as envie que ça arrive aux oreilles des gens. Ils achètent, ils n’achètent pas, c’est un autre débat, un autre sujet, mais avant d’en arriver à ce sujet là, il faut qu’ils puissent au moins écouter ! Voilà pourquoi je ne me pose pas de questions, les gens me disent : « Est-ce que vous aimez ca, est-ce que ce n’est pas trop pénible ? », je ne me pose pas trop la question une fois que j’ai analysé le truc. Je sais que si j’ai envie que les gens entendent mes chansons il faut que je le fasse. J’ai choisi de le faire, je le fais, après je ne me pose plus la question. Mais à la source, tu parlais des clips, faire voir ma gueule, ce n’est pas une finalité en soi, ce n’est pas un kif. Donc les clips, j’ai beaucoup souffert de trucs que je n’aimais pas du tout. Maintenant ça va un peu mieux, là sur les deux premiers, ça m’allait très bien, je marche et le mec me filme dans le décor je trouve ça génial. Où alors dans le deuxième il filme plus le décor que moi, ça ça me va très bien.

NOSTALGIE : D’un côté, il faut que ça se passe vite car sur le premier single « Sur la route » tu cours ?
Oui ça c’était rigolo aussi. Mais bon tu ne peux le faire qu’une fois, c’était une super idée du réalisateur.

NOSTALGIE : Si on en vient au dernier clip, au premier single « Au bord de l’eau », là tu fais du trekking ?
Il y a eu un autre clip derrière qui s’appelle « Dans une larme » où je marche dans New York au lieu de marcher dans le désert.

NOSTALGIE : On a l’impression que tu es un adepte du trekking ? Super sportif ?
Je fais un peu de sport aussi, mais j’aime bien le fait de déambuler, je trouve que ça colle bien avec mes chansons. Je ne sais pas pourquoi. L’idée du clip « Au bord de l’eau » on ne trouvait pas, on me proposait plein d’idées, mais ça ne m’allait pas c’était trop littéral par rapport aux paroles ça ne me plaisait pas et un moment je me suis dit ce n’est pas possible, alors j’ai fermé les yeux et j’ai écouté, je vais essayer de voir ce que ça m’évoque comme image et je me suis vu marcher au milieu du désert, je trouve que ça allait bien avec la musique. Fonçons !

NOSTALGIE : Tu es devenu un spécialiste du live acoustique urbain on peut le voir dans cet album où il y a un DVD. A tes débuts, tout ce qui était live, il fallait te pousser sur la scène ?
Oui, j’ai mis la première tournée en 1994 à réussir à être à l’aise sur scène.

NOSTALGIE : Dans le DVD de l’album, je faisais appel au live acoustique urbain parce qu’on te voit à New York, avec le son d’ambiance, prendre ta guitare. Est-ce que tu es allé dans des endroits improbables ?
Oui. New York pour moi déjà c’était improbable. Il y a un moment dans ce reportage où je dis que c’est un gros travail sur moi-même. D’un sens je pense que les New Yorkais en avaient rien à foutre de ma pomme, ce qui est normal parce qu’ils ne me connaissent pas, mais en même temps j’étais tellement impressionné par cette ville, toute l’histoire de la musique, des Etats-Unis, je ne me sentais pas avoir le droit de jouer en plus en Français. Donc c’était un vrai travail sur moi. Mais c’était rigolo.

NOSTALGIE : Parlons un peu de ta quarantaine, puisque c’est l’album qui s’intitule comme ca « Sortir », c’est peut-être pas un hasard, ça fait référence à un truc comme ça ?
Oui, le fait de choisir ce titre, « Sortir », c’est la crise du mi-temps, je croyais que c’était un lieu commun, que ce n’était pas vrai, mais si quand tu arrives aux alentours de 40-45ans, entre ces deux là, probablement parce que ton esprit pense qu’il est au milieu de sa vie, ce qui est super optimiste d’ailleurs, je ne sais pas pourquoi, tu te sens obligé de faire des bilans et de remettre en question des choses, je suis passé par là, je ne croyais pas mais en fait si ! Donc sortir parle de ça.

NOSTALGIE : 2010, ça signifie la scène qu’est ce que tu nous prépares ? C’est important ça, tu vas te balader un peu partout ?
Alors beaucoup de pyrotechnie (rire), il y a un hélico, deux mirages, ça ne sert plus beaucoup alors il les brade ! Et deux Tupolev qui arrivent, des trucs simples ! La scène pour moi ça sera toujours la même chose c’est essayer de prendre le plus de plaisir possible à jouer. De partager avec les quatre musiciens qui sont avec moi sur scène, qu’il y ait un vrai échange, qu’on se stimule, que la sauce prenne et réussir à transmettre ça aux gens. Ca a toujours été le but recherché et ça l’est encore plus maintenant, de créer des petits moments de grâce sur scène même si ça dure 3, 4 secondes.

NOSTALGIE : On à l’impression à t’écouter que tu as atteint l’âge de la sérénité ? Pas du tout. Tu es depuis ces 10 dernières années un des plus grands vendeurs de disques en France. Est-ce que ça t’a enlevé la pression, le fait de cette crise du disque dans laquelle nous sommes ? Comment tu te sens toi ?
Il y a moins la pression aux énormes chiffres. Ça c’est bien. Avant il fallait atteindre ce fameux million à chaque fois, et plus tu en étais éloigné et plus tu sentais la pression.
Maintenant, il n’y a plus cette pression là parce que les ventes ont tellement dégringolées que plus personne, ou très peu de gens, font un million. Donc c’est bien qu’il n’y ait plus cette pression là. Encore une fois la même nuance que tout à l’heure, si tu vends beaucoup de disques c’est la preuve irréfutable que tu as touché des gens, que ton travail et que ce que tu as voulu faire passer a marché. Donc c’es t hyper gratifiant, c’est le premier axe que moi je trouve positif. Après, tu as l’axe qui est de dire « super, ça fait beaucoup d’oseille ». Ca fait de moins en moins d’oseille, est-ce que c’est mal, moi je ne veux pas rentrer dans le débat ça ne m’intéresse pas. Mais les ventes de disques restent importantes car c’est quand même le premier baromètre de l’amour qu’on a pour ce que tu fais je pense. Il y a la scène aussi, mais le disque et la scène c’est deux métiers différents, il n’y en a pas un mieux que l’autre, pas un qui prend le pas sur l’autre. Mais faire un disque en studio, c’est un travail d’artisan qui est particulier, ça n’a rien à voir avec la scène, la scène c’est joué, plus instantané, moins travaillé dans le sens où c’est travaillé en amont mais sur le moment c’est brut. Ce n’est pas la même forme d’art sans vouloir faire d’analogie, sans me tromper, mais ça serait une toile de maître où le mec a passé je ne sais pas combien d’heures dessus et un happening sur un mur en 15 minutes parce que ça crée une dynamique géniale ça va créer une oeuvre d’art super, les deux ne prennent pas le même temps, ça n’est pas le même exercice et les deux ont un intérêt intrinsèque pour utiliser des mots qui me dépassent.

NOSTALGIE : Est-ce que Gérald de Palmas aurait un message, d’amour et de paix à délivrer pour ceux qui t’écoutent qui te regardent ? Je ne sais pas si j’ai un message de paix mais je trouve intéressant —je ne pense pas que ça soit qu’une histoire de quarantaine et que tu fais des bilans et remets des choses en question - je crois que toute génération confondue il y a une vraie prise de conscience du poids qu’ont les médias, des poids sociaux culturels de tout ce qui nous entoure, sur nos choix et notre façon de voir les choses et je pense qu’il y a un petit ras le bol de ça. Je pense que c’est cyclique ce genre de choses. Je trouve que c’est bien qu’on remette un peu en question toutes ces choses là et qu’on essaie de réfléchir un peu plus par soi-même. Parce qu’on est tellement bombardé d’infos. Je sens un truc, ça ne va pas se faire dans le calme et la joie, mais je sens une évolution positive.
Donc 2010 ?
Moi je vois ça très bien, formidable. Ce sont des prises de conscience, ça ne se fait jamais dans le velours, à mon avis, il va y avoir 2, 3 fils barbelés quand même.

NOSTALGIE : Bon rendez-vous sur la route, merci Gérald.
Merci à toi.

RETRANSCRIPTION ECRITE DE L’INTERVIEW DE GERALD DE PALMAS INTERVIEW REALISEE PAR THIERRY BAUMANN

photo Copyright Jean-Marc Lubrano




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