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Jean Reno pour L’Immortel

NOSTALGIE : Bonjour Jean Reno.

Jean Reno : Bonjour.

NOSTALGIE : Jean vous êtes à l’affiche de « L’immortel », le nouveau film de Richard Berry.
Quand on parle d’immortel, on pense aux académiciens, pas aux mafieux, pourtant là on est dans le monde de la mafia à Marseille. En fait ce personnage que vous interprétez, Charles Matteï, est librement inspiré d’un personnage réel qui s’appelle Jacky Le Mat. Vous avez rencontré ce Jacky Le Mat ?

Jean Reno : Brièvement, c’est un monsieur qui est d’un certain âge et comme vous l’avez dit c’est inspiré d’un bouquin de Franz-Olivier Giesbert qui relate la vie de cet homme mais ça n’a rien à voir avec sa vraie vie. Donc brièvement, mon but n’était pas d’imiter du tout.

NOSTALGIE : Qu’est ce qui vous a intéressé quand Richard Berry vous a proposé ce personnage ?

Jean Reno : La rédemption, je voulais faire un personnage qui a une autre chance de s’en tirer dans la pire des situations, même dans la situation la plus extrême à l’égard d’un certain milieu, un milieu qui n’aime pas du tout les gens qui s’en vont du côté honnête.
Je voulais faire quelqu’un qui a une deuxième chance dans sa vie.

NOSTALGIE : Pour tous ceux qui ne connaissent pas l’histoire de ce Charly Matteï, qui est-il exactement ?

Jean Reno : Mon personnage est quelqu’un qui est dans le milieu marseillais, on ne sait pas ce qu’il fait exactement, ce n’est pas ça qui est intéressant, c’est quelqu’un qui a rencontré une femme et qui a créé une famille. Il veut s’éloigner de ce milieu, parce que sans doute ça ne l’intéresse plus. Malheureusement il est ramené à l’intérieur de ça. Je ne sais pas ce qu’il fait, s’il fait du trafic de cigarettes, de drogues ou autre, mais il se trouve qu’on voit beaucoup de choses dans le film, on voit ce que font les autres en tout cas. Mais lui il est, pour moi, retiré des affaires, il aime l’opéra et les chevaux et la famille. Je ne sais pas où est son argent, combien il a gagné, quelle a été sa vie avant, puis un jour il prend 22 projectiles et sa vie bascule dans ce que l’on va voir, qui est une épopée. Richard a fait une épopée incroyable avec ce que l’on appelle un faitdivers.
Quand on en parle comme ça on croit que c’est un film de plus sur la mafia alors que c’est une œuvre incroyable.

NOSTALGIE : C’est un film qui est absolument puissant, très fort, qui nous tient en haleine du début jusqu’à la fin. Je dois dire que vous y êtes pour beaucoup, vous y êtes étonnant, on a l’impression d’un travail très particulier sur ce film. Est ce qu’il vous en a fait baver Richard Berry ?

Jean Reno : Non, quand on construit un personnage et qu’en face on a un metteur en scène qui sait comment on construit un personnage et qui sait comment on construit un personnage de jour en jour on n’a pas besoin de se bousculer. Moi je connais mon métier, il est dans un état particulier parce qu’il a été diminué physiquement, il a changé de voix du fait qu’il a reçu des balles qui lui ont esquinté la gorge, il est diminué d’un bras, etc… donc c’est plus un travail de gêne, on est pas dans la plénitude de tous ces moyens, et c’est un homme qui ne peut pas exprimer ses sentiments dans ce milieu, donc il est obliger de faire passer toute sa tendresse ou affectivité par d’autres moyens. Donc effectivement il faut faire attention d’avoir la même voix tous les jours, mais ça c’est la construction du personnage, ça va avec le contrat !

NOSTALGIE : Est-ce que par moment, c’était un peu pesant ?

Jean Reno : C’est toujours pesant lorsque l’on croit en un film et que au fur et a mesure où l’on vous dit que les choses que l’on voit le soir, les fameux rush que l’équipe technique voit, on vous dit que c’est extrêmement bon. Là quand on vous dit que les choses sont à une certaine hauteur c’est angoissant car quand on sait que l’on a encore un mois de tournage on se dit qu’il faut que l’on ait la même qualité que ce qu’on est en train de faire. C’est toujours angoissant la construction du film, même sur les comédies, je ne passe pas mon temps comme ça béa, je suis heureux de vivre tous les matins parce que je suis en bonne santé, c’est toujours un peu laborieux.

NOSTALGIE : Vous êtes très très bien entouré dans « L’immortel », Kad Merad, Marina Foïs, Jean-Pierre Darroussin.

Jean Reno : Ils sont magnifiques, ils sont formidables. Marina joue un rôle, on va être surpris de ce qu’on va voir. Kad aussi et Darroussin aussi. Il y a beaucoup de choses, il y a de la trahison, de la loyauté, de la famille, on traite quand même de grands sentiments, c’est pour ça que j’ai l’impression d’être dans un opéra, vu qu’on entend tout le temps de l’opéra, d’autant plus que le personnage adore l’opéra, ça par contre c’est vrai, on a pris ça du personnage réel et on l’a mis dedans car c’est assez incroyable l’opéra.

NOSTALGIE : Est-ce que vous êtes très client des films noir, des polars, des films de mafieux ?

Jean Reno : J’ai regardé « Les affranchis » hier à la télé, cela fait 2/3 fois que je le vois. Pour le travail, comment De Niro, Pesci, comment les choses se construisent. Pas plus, j’aime la bonne ouvrage, qu’elle soit de la part de De Funès, qui était un acteur extraordinaire, ou que ce soit Robert Mitchum.

NOSTALGIE : Vous avez dit en parlant de « L’immortel » que c’était un bilan à la fois en tant qu’homme et en tant qu’acteur, pourquoi ?

Jean Reno : Parce qu’il y a un moment donné dans la vie où il y a un engagement, dans ce film notamment, a l’égard de Richard. Il y a un mariage avec Richard que je n’aurais pas pu faire avant, parce qu’il attendait les choses à un certain niveau, qui correspondait au niveau qu’il attendait de lui, c’est lui qui a fait ce film magnifique. Moi je trouve ce film vraiment extraordinaire et me laisser aller comme ça à l’intérieur de la douleur de cet homme, c’est un homme qui a très mal, pas physiquement, moralement, c’est en ça qu’il ressemble à beaucoup de gens, c’est pour ça que ça m’intéressait d’avoir une rédemption, parce que c’est la souffrance qui nous mène à vraiment rédempter, il nettoie les écuries d’Augias, les siennes à l’intérieur, dans cette histoire là. Il est certain que par certain côté il sera le même qu’avant, sur 10% il sera le même qu’avant mais à 90% il aura changé parce qu’il se sera battu pour son fils et sa fille et pour sa femme et ça c’est une épopée extraordinaire. Ca m’a fait penser à « Léon » un petit peu, parce que « Léon » est devenu célèbre du fait qu’il n’a pas massacré la petite. Notamment dans la communauté noir américaine, ce film est un film culte, je suis très fier de ça et même chez d’autres, en Asie et tout ça, de ce fait là. De voir que quelqu’un qui vient du loumpoum prolétariat ne va pas massacrer, alors que c’est un tueur,… c’est un assassin, il doit mourir, Léon doit mourir, … on ne va pas parler de « Léon », mais j’ai l’impression d’avoir fait une boucle, d’avoir bouclé quelque chose.
On s’attendait à ce que je déchire les chairs de tous le monde, que je les massacre à la tronçonneuse tous, et en fait la personne que je massacre c’est moi-même. S’il y a quelques morts sur la route, la personne qui change de peau, c’est le personnage que je joue là. C’est pour ça que je me suis dit qu’il y avait une relation avec « Léon ».

NOSTALGIE : Vous pensez que « L’immortel » plaira aux américains ?

Jean Reno : Je le sais parce qu’ils m’ont appelé hier soir.

NOSTALGIE : Ils vous ont dit quoi ?

Jean Reno : Ils ont adoré. Hier soir j’ai eu deux coups de fil de deux personnes, qui l’ont vu hier dans la journée avec le décalage horaire, qui m’ont dit : « j’espère qu’il sera distribué aux Etats-Unis ». Absolument, le pire des cas c’est qu’à mon avis il sera évidemment adapté, mal, mais il sera adapté.

NOSTALGIE : Jean lorsqu’il y a des classements d’acteurs, des préférences des acteurs en France, vous êtes toujours dans le trio de tête, dans le classement préféré des français, vous êtes toujours très bien placé. Comment vous expliquez cette popularité, cet amour que les gens vous portent ?

Jean Reno : Je ne sais pas, peut être parce que je n’ai pas de haine, je n’ai aucune haine à vendre à personne, je n’ai aucune haine, quand on m’ennuie, quand on me gonfle je vais me mettre en colère mais je n’ai aucune haine, faire du mal c’est quelque chose qui n’existe pas chez moi.

NOSTALGIE : Vous pensez que c’est ce qui touche les gens ?
Jean Reno : Je ne sais pas, je ne peux pas être dedans et dehors, je suis très touché de ça.

NOSTALGIE : Vous avez tourné le film à Marseille, ce n’est pas totalement chez vous mais vous n’habitez pas très très loin, le Sud de la France c’est quand même une grande partie de votre vie ?

Jean Reno : Oui, je connais, quoique Marseille est une ville particulière et qui bouge sans arrêt mais j’ai été très content de sublimer Marseille, les îles, la Cannebière, Notre Dame, j’étais content parce que ça faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu de film aussi fort, parce que c’est un personnage dans le film Marseille, ça ne pouvait être que là-bas que ça se passe parce que c’est assez souterrain Marseille, il y a beaucoup de choses qui se font à Marseille.

NOSTALGIE : Votre Sud à vous c’est où ?

Jean Reno : Mon Sud à moi il est un peu plus loin, pas loin de l’Afrique.

NOSTALGIE : Merci Beaucoup Jean.

Jean Reno : Merci a vous

RETRANSCRIPTION ECRITE DE L’INTERVIEW DE JEAN RENO
INTERVIEW REALISEE PAR THIERRY COLBY




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